INRA SenS

Processus d’innovation

lundi 23 juin 2008

Avec la montée des questions environnementales et le retour du spectre de la rareté des produits agricoles, la question de l’innovation technologique revient au cœur des débats sur l’agriculture. La mission de l’INRA sur les « Systèmes agricoles innovants » en atteste. Cette demande institutionnelle rencontre une évolution de nos thématiques de recherche. Les travaux socio-historiques sur les régimes de production des savoirs ont permis de mettre en évidence les liens entre des façons de produire des connaissances et des façons d’innover. Diverses forces ont ainsi érodé le dispositif de Recherche-Développement-Conseil qui présidait autrefois à une logique linéaire descendante et sectorielle des couplages entre recherche et ordres socio-économiques, pour laisser place à des formes d’innovation horizontales en réseau (réseaux amateurs de gestion des ressources génétiques, mouvance des Techniques Culturales Simplifiées, « Semences Paysannes », etc.).

D’un point de vue conceptuel, il existe plusieurs manières de définir le terme « innovation ». Pour en comprendre la genèse, les conditions et les effets, on peut s’attacher à la concevoir comme un processus visant intentionnellement l’émergence de la nouveauté et sa reconnaissance notamment à travers au travers des processus d’appropriation en société. Etudier l’innovation, c’est ainsi analyser un processus d’émergence de la nouveauté qui procède de l’interaction entre le travail réalisé dans un milieu de conception (notamment les milieux de recherche et développement et des bureaux d’étude) d’une part, et les milieux que forment les situations d’usage et de consommation d’autre part. Innovation linéaire, ascendante ou distribuée, innovation technologique, organisationnelle ou sociale, (…) ; la variété des qualificatifs attachés au substantif « innovation » est révélatrice de la diversité des formes prises par ce processus d’émergence. Aussi, un programme de recherche sur l’innovation doit-il se doter d’une conception large et identifier la variété des configurations à l’œuvre.

Ces évolutions conjointes du contexte et de nos approches nous conduisent à proposer un programme de recherche sur l’innovation où nous mettons l’accent sur deux plans complémentaires : les recherches sur l’innovation, et les recherches pour l’innovation.
Les recherches sur l’innovation sont concernées par l’analyse des transformations sociales et politiques de la production de nouveauté. Par exemple, il s’agit de :
- l’analyse de la diversité des lieux de production des connaissances pour l’innovation (des laboratoires aux collectifs d’agriculteurs) et des formes d’engagement des acteurs ;
- le rôle des différents acteurs dans la conception et la production des innovations. On focalise sur la « co-conception », tant au plan des savoirs que des produits, et sur les formes de mobilisation des acteurs.
- l’écologisation des normes d’évaluation des innovations agronomiques et des orientations de la recherche, et émergences de nouveaux objets et instruments (ex. nouvel accent mis sur l’hétérogénéité spécifique et génétique dans les espaces agricoles, indicateurs de biodiversité cultivée, indicateurs DD…) ;
- l’analyse des formes de contestation de l’innovation et des controverses socio-techniques qu’elles suscitent (OGM, clonage, produits chimiques, etc.) ;
- l’analyse socio-historique de la contribution de la recherche agronomique à l’innovation (pour les végétaux et pour les animaux).

Les recherches pour l’innovation sont concernées par la définition des formes d’activités individuelles et collectives favorables aux processus d’innovation, et aux ressources méthodologique qui y correspondent. Par exemple, il s’agit :
- de la définition des dispositifs participatifs d’évaluation constructive des technologies, notamment pour les technologies émergentes ;
des formes d’intervention dans des processus de développement local polarisés par certain choix technologique ou de conception de l’innovation ;
- de la caractérisation des cadres et des dispositifs collectifs d’action ;
- des outils, techniques et méthodes favorables à la conduite des processus d’innovation (prototypage, simulation, etc…)

L’objectif de cette thématique est de contribuer à un renouveau des théories qui abordent les processus d’innovation en lien avec les milieux et les conditions socio-historiques de leur concrétisation. Plus précisement en lien avec les transformations que vit le secteur agricole, il s’agit particulièrement de centrer nos travaux sur la thématique de l’écologisation de l’agriculture et de la recherche agronomique, à la frontière entre ergonomie, agronomie, sciences de gestion et sociologie des sciences et des techniques. La volonté est alors bien de comprendre ce moment particulier où s’affirment des orientations politiques sous l’égide du développement durable et concomitamment des espaces nouveaux de production de connaissances et d’innovation. Dans ce tournant l’étude des dynamiques de production de connaissance et des modalités de concrétisation des processus d’innovation appelle des recherche autant sur que pour l’innovation. C’est là un axe thématique où la complémentarité des deux axes théoriques de l’Unité SENS est appelée à s’exprimer en lien assez direct avec des enjeux portés par les acteurs du secteur.

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Principales publications


- Barbier M. 2008 . Water in bottles, farmers in green. The sociotechnical and managerial construction of a ‘dispositif” for underground water quality protection, International Journal of Agricultural Resources, Governance and Ecology (IJARGE). 7(1/2) : 174-197.

- Béguin P., Cerf. (2004). Formes et enjeux de l’analyse de l’activité pour la conception de systèmes de travail, @ctivités, vol 1, n°1,54-71 http://www.activites.org/v1n1/v1n1.pdf.

- Bonneuil, C., Demeulenaere, E., Thomas, F.,Joly, P.B.,Allaire,G.,Goldringer,I. (2006). "Innover autrement ? La recherche agronomique publique face à l’avènement d’un nouveau régime de production et régulation des savoirs en génétique végétale." Dossiers de l’Environnement de l’INRA 30 : 29-42.

- Bonneuil, C., Thomas F. (2008). Du maïs hybride aux OGM - Une histoire de la génétique végétale à l’INRA. Paris, Quae. (à paraître)

- Cerf M., Meynard J.M. (2006) Diversité d’usages des outils d’aide à la décision en conduite de cultures : quels enseignements pour une création conjointe des outils et de leurs usages ? Natures, Sciences, Sociétés, 14, 19-29.

- Cerf M. et Taverne M. (à paraître). « Anticiper l’usage dans un projet de conception d’un outil d’aide à la décision pour lutter contre le Sclerotinia du Colza : quelles interactions entre utilisateurs et concepteurs et comment évaluer leurs apports ? » In B. Hubert & E. de Turckheim (Eds.), Construire la décision : démarches, méthodes et instrumentations de l’Aide à la Décision pour l’Agriculture, l’agro-alimentaire, et l’espace rural., Paris : Ed . QUAE

- Gaudillière, J. P., Joly, P.B. (2006). "Appropriation et régulation des innovations biotechnologiques : pour une comparaison transatlantique." Sociologie du Travail 48(3) : 330-349.

- Hochereau F. et Loyce C. (à paraître). La genèse d’un outil de diagnostic variétal : les dynamiques d’apprentissage autour de la conception et de l’usage d’objets intermédiaires. In B. Hubert & E. de Turckheim (Eds.), Construire la décision : démarches, méthodes et instrumentations de l’Aide à la Décision pour l’Agriculture, l’agro-alimentaire, et l’espace rural, Paris : Ed. QUAE.

- Hochereau F., Boivin X. et H. Brives, 2006, "La docilité : un nouvel indicateur de sélection pour un élevage durable, Entreprise et Histoire, N° 45 (numéro spécial sur le développement durable), pp. 169-173

- Hochereau F (2006). De la phytotechnie au diagnostic de l’interaction génotype/environnement. L’importation de connaissances agronomiques par la génétique. Colloque Histoire, 60ème anniversaire de l’INRA, oct.2006.

- Prost L. , Lecomte C, Meynard J.M. , Cerf M. (2007) « Conception d’un outil d’analyse du comportement de systèmes biologiques : le cas de l’évaluation des variétés de blé tendre », @ctivités, vol. 4, n°2, 30-53.

- Rémondet, M. (2007). « Framing animal biotechnologies : When emergent biotechnical practices meet multiple regulations », Conférence annuelle de la 4S (Society for the Social Studies of Science), Ways of Knowing, Montréal, Canada. (octobre 2007)

- Selmi, A. 2006, Administrer la nature. Préface de Jacques Weber, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme et les éditions Quae (Cemagref, Cirad, Ifremer et Inra), collection « Natures sociales », 487 p.

- Selmi, A et Hirtzel, V. (eds), 2007, Gouverner la nature, Postface par Philippe Descola, Collection Cahiers d’Anthropologie Sociale, L’Herne éditions, Paris, 135 p.

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