INRA SenS

ANR Pan-Bioptique

Présentation

mercredi 12 mai 2010, par Marc Barbier, Philippe Breucker

Site du projet au CEMAGREF : https://pan-bioptique.cemagref.fr/

Résumé

Depuis les années 80, la biodiversité est l’objet d’un mouvement d’institutionnalisation visant à combattre son érosion en acquérant les capacités de connaissances et de diagnostic jugées nécessaires. En 2008 a été mis en place l’Ipbes (Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecological Services), visant à favoriser les échanges entre producteurs de connaissances et décideurs concernant la biodiversité et les services écologiques. En France, l’Institut Français de la Biodiversité a été fusionné la même année avec le Bureau des ressources génétiques pour créer une nouvelle structure, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, qui reprend les missions de promotion et d’animation d’un champ de recherches national sur la biodiversité. Parallèlement, un projet d’inventaire exhaustif de la biodiversité - Atbi : All taxa biodiversity inventory - s’étend dans le parc national du Mercantour et dans le parc italien des Alpi maritime. Après l’inventaire mis en place en 2004 aux Etats-Unis, cet Atbi constitue le deuxième plus grand projet d’inventaire mondial, et le premier européen.

Cette actualité justifie un regard nouveau sur les enjeux actuels de la mise à l’agenda - indissolublement politique et scientifique - de la biodiversité. Ce projet vise à déployer une approche alliant socio-anthropologie, sociologie des sciences et sciences politiques pour aborder ces institutions émergeantes : loin d’appliquer un modèle préexistant, elles témoignent en effet du développement en action de formes expérimentales d’action publique, qui n’ont encore jamais fait l’objet de travaux en SHS. Le projet s’inscrit dans la perspective de saisir les diverses formes de pluralisation du rapport à la nature qui se jouent dans et autour de ces institutions émergeantes de la biodiversité. Pour cela, il entend éclairer les articulations entre les mutations des modes de production professionnelle de connaissances naturalistes et les évolutions des « modèles de nature » qu’ils construisent et véhiculent.

Le projet questionnera d’abord l’émergence de nouvelles professionnalités en recherche. Les nouvelles institutions de la biodiversité enrôlent en effet des chercheurs dans des fonctions d’expertise, en même temps qu’elles les interpellent dans leurs activités de recherche. Il ne s’agit pas simplement de constater le rôle de « lanceur d’alerte » joué par certains scientifiques autour de l’érosion de la biodiversité mais plutôt de s’intéresser aux co-évolutions des concepts, pratiques et modèles professionnels de la communauté scientifique. L’objectif est de dépasser la dichotomie entre « engagement public » et travail scientifique pour montrer que l’engagement des chercheurs n’est pas à rechercher nécessairement à côté ou en-dehors de leurs investissements professionnels mais bien en tant qu’il s’exprime dans ces derniers. Le projet s’attachera aussi à mieux comprendre les enjeux de la visée de décompte et de numérisation de la nature qui ressort des évolutions disciplinaires récentes en écologie, et se concrétisent dans le projet d’Atbi. On s’intéressera à la manière dont les dispositifs d’inventaires et la constitution de vastes bases de données contribuent à véhiculer des idéologies et à formater l’action publique, à partir d’une ethnographie des pratiques de collecte et d’archivage des données.

A partir de là, le projet caractérisera les « modèles de nature » qui émergent des développements récents en écologie, sur un plan à la fois conceptuel et instrumental. On s’intéressera notamment à trois spécialités qui se saisissent de la thématique de la biodiversité : la systématique, l’écologie fonctionnelle, et la biologie des populations. Si la question de l’érosion de la biodiversité à la fin des années 80 était portée par le développement de la biologie de la conservation, la notion de services écologiques, porteuse d’une vision plus anthropo-centrée, apparaît notamment liée au développement de l’écologie fonctionnelle. Il importe alors de saisir les formes de compétition, juxtaposition ou hybridation entre les différents « modèles de nature » qui coexistent.

 

Participants au projet :

CELINE GRANJOU
coordinatrice du projet PAN-Bioptique
CR1 au Cemagref, groupement de Grenoble, UR DTGR
Docteur en sociologie

celine.granjou@cemagref.fr

MARC BARBIER
Directeur de Recherche – Sociologie et gestion des organisations
INRA SADAPT-Praxis
docteur en sciences de gestion

barbier@grignon.inra.fr

FLORIAN CHARVOLIN
CR1 au Modys-CNRS, site de Saint-Etienne
Docteur en sciences politiques (IEP de Grenoble)
Docteur en Socio-Economie de l’Innovation (Ecole des Mines de Paris)

florian.charvolin@gmail.com

MICHEL DACCACHE
post-doc au Cemagref Grenoble
docteur en sociologie (EHESS)
diplômé de l’IEP de Paris

michel.daccache@cemagref.fr

ISABELLE MAUZ
Chercheur au Cemagref, groupement de Grenoble
Responsable du pôle sociologie de l’UR DTGR
Ingénieur de l’INA-PG et Igref
Docteur de l’Engref en sciences de l’environnement
Habilitée à diriger des recherches

isabelle.mauz@cemagref.fr

GUILLAUME OLLIVIER
Ingénieur d’Etudes
INRA-Ecodéveloppement, centre d’Avignon


gollivier@avignon.inra.fr

 

ABSTRACT :

Since the 1980s, several structures and institutions have been created which aim at enhancing the knowledge of biodiversity and at fighting biodiversity loss. In 2008, an International Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (Ipbes) was founded in order to promote exchanges between knowledge producers and decision makers regarding biodiversity and ecosystem services. That same year, the French institute for biodiversity was transformed in the National Foundation for Biodiversity Research, which takes up the task of promoting and coordinating a national research field on biodiversity. Simultaneously, a project of exhaustive inventory of biodiversity – All Taxa Biodiversity Inventory (Atbi) – was launched in the Mercantour national park and in the neighbouring Italian Alpi maritime national park. Following the American Atbi initiated in 2004, this Atbi is the second largest inventory project in the world, and the first one to take place in Europe.

These events deserve a new investigation on the inscription of biodiversity on both political and scientific agendas. These emerging institutions, which have never been examined yet by social sciences, show a growing venture to inventory, digitize and expertise nature. This project intends to study the new relationships between science and politic at stake in these institutions, by using an approach combining socioanthropology, science studies, and policy studies : what is happening here is not the implementation of an already existing model but, rather, the experimentation of new forms of public action. The project will seek to grasp the interactions between the world of environmental regulation and the world of ecological research, through the researchers’ trajectories and involvments. It will seek to highlight the changes in the ways knowledge is produced by professional naturalists and the transformations of the relationships to nature they construct and convey, inside and around these new institutions.

This new map of expertise about biodiversity questions indeed scientists in their professional practices and involvements, while enlisting them in expertise activities or while raising expectations about their research program in a context of environmental alert. We do not merely want to state the role played by some scientists in raising the alarm about biodiversity loss. We are also interested in analysing the changes and coevolutions of concepts, practices, and professional models in the scientific community. We want to grasp these changes in so as they construct and convey new relationship to nature. In particular, the project will aim at better understanding the stakes of the new ways of counting and measuring nature and the success of the notion of ecological services, linked to functional ecology.

The project will characterize the conceptual as well as instrumental relationships to nature which are derived from the trends in three epistemic communities in ecology (taxonomy, functional ecology, and population biology). We will characterize the relationships between the three communities on the academic level, and the ways researchers try to grasp their objects and their relationships to observation in the field. Finally, we will analyse how their visions of nature coexist, compete or hybrid themselves. Ipbes, Atbi and the Foundation for biodiversity research are indeed privileged places of articulation and exchange for constructing, negotiating and conveying these relationships to nature.

Répondre à cet article

INRA © INRA SenS (INRA Unité de Recherche 1326) - IFRIS | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0